Un amour délétère
Le monde disparaissait sous nos pieds. Nous étions seuls.
Seuls à entendre ces fous rires qui brouillaient nos peines;
Seuls à se faire de sombres confidences au milieu de la nuit;
Seuls à s'aimer d'une profondeur apeurante.
C'est de nos souffrances qu'est né cet amour;
Nos chaos ont consenti à s'unir et à faire de nous d'heureux masochistes.
Nous savions combien cela serait dangereux, mais nous ne pouvions y renoncer; car, ensemble la douleur tarissait.
Il savait tout de mes malheurs, de mes frayeurs, de mes désarrois !
Sans oublier ceux que j'inventais pour maintenir la flamme de son amour allumée.
Je sais qu'à son tour, il en faisait autant.
Du moment que cela alimentait notre amour, on se le permettait.
Un amour délétère.
Dans la pénombre il me disait: "Tu es bien la seule à avoir perçu les souffrances de mon âme tandis que je feignais le bonheur".
Je me sentais à la fois fatale et héroïque à chaque fois qu'il me le susurrait et mon corps tout entier frémissait d'amour pour lui.
Avec lui, tout portait l'empreinte d'une profondeur déroutante.
Nous n'avions que des discussions intenses, des rires francs, des pleurs amers ... Jamais nous n'agissions avec légèreté.
L'écho de nos cœurs retentissait dans tout ce qu'on partageait, à tel point que je finis par penser que cela était le signe d'une peur effroyable que tout prenne fin un jour.
La peur qu'un matin l'un de nous se réveille avec l'envie de fuir ce monde de douleur qu'on s'était juré d'aimer ;
La peur que l'un de nous retrouve tous ses sens et s'éloigne des mélodrames que nous adorions.
La peur d'être à nouveau seuls, face à nos peines.
Quelques fois j'y pensais et je me demandais pourquoi j'étais là, à vivre cette espèce de vie.
Après avoir listé toutes les réponses possibles dans mon esprit, la plus pertinente était de dire que je vois en lui quelque chose de suffisamment brisé pour prétendre pouvoir l'aider à tout remettre en place.
Oui, c'est certainement de cela qu'il est question.
Lorsqu'on prend plaisir à jouer les héroïnes, les sauveuses, on croit pouvoir porter les peines des autres sur nos épaules, et ainsi, les aider à guérir.
Je souhaitais être celle qui le sortirait des sentiers de l'amertume, celle par qui il gouterait aux joies et aux bonheurs de la vie - bien que je ne sache pas réellement ce que tout cela signifiait -.
Somme toute, je voulais que par moi il connaisse le meilleur.
Ce fort besoin de donner, de sauver, cachait maladroitement le besoin d'être sauvée à mon tour.
J'espérais cruellement qu'il me sorte de mon tourment, qu'il soit mon héros.
Il avait l'étoffe pour; alors j'espérais.
J'espérais que l'amour de la douleur nous passe, chez lui plus encore.
"Viens, on va voir ce qui se passe de l'autre côté, quand tout va bien; viens on va vivre une nouvelle vie ... " lui disais-je un jour, appréhendant sa réaction.
Pas même un bruit.
Son silence résonnait en moi comme de grandes gifles.
Il avait décidé de se murer dans un silence assourdissant. Ma pire sentence.
J'avais beau essayer de revenir sur mes mots, la messe était dite.
Je l'avais alors trahi.
Il m'a fallu apprendre qu'on ne peut sauver une personne qui n'en manifeste pas l'envie.
Je devais également comprendre à travers cela qu'il ne me sauverait pas.
Le cœur en feu et en sang, la gorge nouée, les yeux reflétant la rareté du sommeil, je me décidai à sortir du précipice dans lequel on s'était engouffré.
J'avais la naïveté de penser qu'il me retiendrait ... Mais ces fins-là n'arrivent que dans les livres.
"Rien ne me vaut de t'aimer s'il m'est impossible de te sauver" était la dernière phrase que je prononçai en regardant ses yeux humides.
Seuls à entendre ces fous rires qui brouillaient nos peines;
Seuls à se faire de sombres confidences au milieu de la nuit;
Seuls à s'aimer d'une profondeur apeurante.
C'est de nos souffrances qu'est né cet amour;
Nos chaos ont consenti à s'unir et à faire de nous d'heureux masochistes.
Nous savions combien cela serait dangereux, mais nous ne pouvions y renoncer; car, ensemble la douleur tarissait.
Il savait tout de mes malheurs, de mes frayeurs, de mes désarrois !
Sans oublier ceux que j'inventais pour maintenir la flamme de son amour allumée.
Je sais qu'à son tour, il en faisait autant.
Du moment que cela alimentait notre amour, on se le permettait.
Un amour délétère.
Dans la pénombre il me disait: "Tu es bien la seule à avoir perçu les souffrances de mon âme tandis que je feignais le bonheur".
Je me sentais à la fois fatale et héroïque à chaque fois qu'il me le susurrait et mon corps tout entier frémissait d'amour pour lui.
Avec lui, tout portait l'empreinte d'une profondeur déroutante.
Nous n'avions que des discussions intenses, des rires francs, des pleurs amers ... Jamais nous n'agissions avec légèreté.
L'écho de nos cœurs retentissait dans tout ce qu'on partageait, à tel point que je finis par penser que cela était le signe d'une peur effroyable que tout prenne fin un jour.
La peur qu'un matin l'un de nous se réveille avec l'envie de fuir ce monde de douleur qu'on s'était juré d'aimer ;
La peur que l'un de nous retrouve tous ses sens et s'éloigne des mélodrames que nous adorions.
La peur d'être à nouveau seuls, face à nos peines.
Quelques fois j'y pensais et je me demandais pourquoi j'étais là, à vivre cette espèce de vie.
Après avoir listé toutes les réponses possibles dans mon esprit, la plus pertinente était de dire que je vois en lui quelque chose de suffisamment brisé pour prétendre pouvoir l'aider à tout remettre en place.
Oui, c'est certainement de cela qu'il est question.
Lorsqu'on prend plaisir à jouer les héroïnes, les sauveuses, on croit pouvoir porter les peines des autres sur nos épaules, et ainsi, les aider à guérir.
Je souhaitais être celle qui le sortirait des sentiers de l'amertume, celle par qui il gouterait aux joies et aux bonheurs de la vie - bien que je ne sache pas réellement ce que tout cela signifiait -.
Somme toute, je voulais que par moi il connaisse le meilleur.
Ce fort besoin de donner, de sauver, cachait maladroitement le besoin d'être sauvée à mon tour.
J'espérais cruellement qu'il me sorte de mon tourment, qu'il soit mon héros.
Il avait l'étoffe pour; alors j'espérais.
J'espérais que l'amour de la douleur nous passe, chez lui plus encore.
"Viens, on va voir ce qui se passe de l'autre côté, quand tout va bien; viens on va vivre une nouvelle vie ... " lui disais-je un jour, appréhendant sa réaction.
Pas même un bruit.
Son silence résonnait en moi comme de grandes gifles.
Il avait décidé de se murer dans un silence assourdissant. Ma pire sentence.
J'avais beau essayer de revenir sur mes mots, la messe était dite.
Je l'avais alors trahi.
Il m'a fallu apprendre qu'on ne peut sauver une personne qui n'en manifeste pas l'envie.
Je devais également comprendre à travers cela qu'il ne me sauverait pas.
Le cœur en feu et en sang, la gorge nouée, les yeux reflétant la rareté du sommeil, je me décidai à sortir du précipice dans lequel on s'était engouffré.
J'avais la naïveté de penser qu'il me retiendrait ... Mais ces fins-là n'arrivent que dans les livres.
"Rien ne me vaut de t'aimer s'il m'est impossible de te sauver" était la dernière phrase que je prononçai en regardant ses yeux humides.

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