Rayonne qu'importe le chant de la vie
Par une soirée maussade d’hiver, affalée
sur le canapé avachi, je menais un corps à corps redoutable avec monsieur
sommeil. Qu’est-ce qu’il s’est montré tenace cette fois-là !
Hélas, cette
nuit je ne pouvais céder à son charme avec la facilité qu’il m’a toujours
connu.
Interdiction de fermer l’œil car j’attendais
patiemment de recevoir l’appel d’une amie.
Cela faisait exactement dix ans que
nous n’avions plus de nouvelles l’une de l’autre. Pour des raisons
personnelles, sa famille et elle durent quitter le pays un triste jour de
juillet 2009.
Je lui en ai grandement voulu d’être
partie de la sorte. Sans rien me dire à moi, sa prétendue meilleure amie.
Je vivais avec son absence. Son
prénom tapissait toutes les pages de mon journal intime. J’y déversais
désespérément ma colère, mes incompréhensions et mon amour pour elle.
Les années passèrent, le brouhaha
du quotidien m’emmena à moins y penser.
Les souvenirs ne me quittaient pas mais
l’envie oppressante de retrouver sa trace se dissipait peu à peu. De plus, elle
m’avait sans doute oubliée depuis lors, pensais-je pour me dissuader de sombrer
dans le mélodrame d’antan.
C’est alors qu’un lundi de
décembre, d’humeur joyeuse, je vaquais à mes occupations quotidiennes.
Sans déroger à ma routine matinale,
je parcourais machinalement ma messagerie électronique lorsqu’un mail d’un
réseau social professionnel de la place me tomba sous les yeux.
Je n’eus pas le temps de lire le
contenu avec assiduité car mes yeux restèrent rivés sur ce nom, c’était
elle ! Des bouffées de chaleur me
consumaient tandis que je lisais son message.
Un pavé : une avalanche de
mots, des phrases interminables !
Elle se confondait en excuses et me
jurait n’avoir jamais cessée de penser à moi. Elle prit le soin de me laisser
son numéro de téléphone.
Après quelques échanges sur la
plateforme, nous décidâmes d’une heure et d’un jour pour s’appeler.
Vint le moment où mon téléphone vrombissait
sur ma cuisse ; c’était elle.
Je sentis comme une gêne dans sa
voix. Cela était sans doute normal après toutes ces années. J’essayais de détendre l’atmosphère
en évoquant le passé. On en riait brièvement avant de retomber à nouveau dans
un silence blanc.
Quelques secondes après, elle murmura d’une
voix éteinte : « Je dois te dire quelque chose … je suis atteinte
d’une maladie orpheline depuis trois ans. Mes jours sont comptés. Mon souhait
était de te retrouver avant que mes forces ne me quittent. Aujourd’hui j’ai le
cœur en paix. »
Aucun son ne réussit à s’échapper
de ma bouche. J’avais le cœur meurtri. Je ne pus contenir mes larmes plus
longtemps. Tentant de me ressaisir, je
lui proposai de venir la voir la semaine suivante.
Elle s’y est catégoriquement
opposée et explosa en pleurs à son tour : « Non. Je ne veux pas te faire
vivre tout cela. Tu comprends ? Cela me briserait davantage. Désormais vis
pour nous deux. Rayonne s’il te plait, rayonne pour moi car je ne …
je ne peux plus lutter … ».
Elle raccrocha.
Je n’eus pas la force de rappeler. Une
crise de panique me paralysa : j’hurlais, je pleurais, j’invoquais le ciel
… J’étais comme habitée.
Le lendemain, de bonne heure, elle
m’envoya : « Rayonne ! Je t’aime ».
Je rappelai aussitôt, sans réponse
de sa part. Prise de panique, j’insistai … en vain.
Deux jours plus tard, je reçus un
message qui avait tout l’air d’un message groupé envoyé par sa famille. Elle
n’est plus ...
Après une semaine passée seule chez
moi à pleurer toutes les larmes de mon corps, je me demandais où j’irais trouver
la force de rayonner sous une telle hécatombe de douleur.
Comment rayonner lorsque la vie nous
dépouille de tout plaisir ?
Eh bien … lorsqu’on s’aperçoit que
notre vie n’appartient pas qu’à nous, et qu’à travers nous d’autres
sont susceptibles d’être heureux, on s’interdit de baisser les bras.
Les coups durs de la vie il y en
aura toujours, hélas !
A nous d’acquérir la sagesse de
savoir accepter les vagues du malheur autant que nous acceptons les nuages du
bonheur. Car, après tout, c’est bien ce contraste qui nous donne le sentiment
d’exister.

Quelle émotion Dominique !
RépondreSupprimerMerci!
Merci à toi de me lire :)
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